PRÉAMBULE

« Il était une fois » dans la vallée du Toulourenc un château : celui D'AULAN.
Vous allez dire que cela débute comme un conte pour enfants ; mais il n'en est rien. Il se trouve que nous résidons à une vingtaine de kilomètres « à vol d'oiseau » de ce site et qu'en le visitant nous remarquâmes sur le monument aux morts, devant l'entrée , une plaque de marbre gravée, en mémoire de Jean de Suarez d'Aulan, Marquis d'Aulan, Sous-Lieutenant à la 4éme Escadre, Pilote de Chasse à l'Escadrille La Fayette, Chevalier de la Légion d'Honneur - Croix de Guerre, Mort au combat aérien à Altkirch le 08 octobre 1944 à l'âge de 43 ans.



Le G.C. II/5 étant un de nos centres d'intérêt maquettiste, l'idée nous vint alors de réaliser la maquette de l'avion que pilotait le S/L d'Aulan lors de son dernier combat pour qu’elle soit exposée dans une salle du château, en souvenir du S.L. d'Aulan et des pilotes du II/5 morts pendant la 2éme Guerre Mondiale. Nous avons atteint notre but, non sans rencontrer de nombreuses difficultés.

RAPPEL HISTORIQUE

Le Pilote


Le marquis Jean de Suarez d'Aulan naquit le 20 novembre 1900 à Savasse dans la Drôme. Il pratiqua différents sports, excellent alpiniste, il fut également champion de France de plongeon de haut vol, participa comme coureur automobile aux 24 heures du Mans et se distingua surtout en bobsleigh aux Jeux Olympique d'Hiver, en 1924 à Chamonix et en 1936 à Garmisch-Partenkirchen.
Il s'engagea volontairement le 28 août 1918, en falsifiant son état civil, étant encore mineur et fut incorporé au 5éme Bataillon de chasseurs à pied.
Il obtint en janvier 1940 le brevet de pilote militaire de chasse, mais fut démobilisé après l'Armistice de juin 1940. Recherché par les Allemands pour des faits de résistance il rejoignit Casablanca, puis la Corse en 1944. Bien qu'âgé de quarante trois ans, le marquis, qui avait conservé une apparence jeune et svelte, réussit à se faire affecter à l'escadrille La Fayette, grâce à un faux certificat de naissance.
A bord de son P47, il effectua sa première mission le 16 juin 1944 et participa le 15 août 1944 au débarquement de Provence aux côtés de son chef de patrouille, le capitaine Thierry. Il fut abattu le 8 octobre 1944 en attaquant un groupe de Me 109.
Il était l'héritier du château d'Aulan, qui se trouvait être à l'époque dans un piètre état. Il le céda, en 1933, à son cousin, le comte Charles de Suarez d'Aulan, celui-ci souhaitant le restaurer, ce qu'il fit et qui lui demanda une soixantaine d'années de travaux.

Le Groupe de Chasse

En 1944 le Groupe de Chasse « La Fayette » (chef de groupe : Commandant de Rivals-Mazères) comprenait deux escadrilles :
1ére Escadrille (N 124 ) les « Sioux » (chef d'escadrille : Lt de l'Espinay).
2éme Escadrille (SPA 167) les « Cigognes (chef d'escadrille : Lt Gouachon).
Au 30 avril 1944 le GC II/5 « La Fayette » comptait trente deux pilotes.

Le Matériel

Le GC II/5 a été équipé depuis 1939 de matériel d'origine américaine :
En 1939 : Curtiss H75
En 1942 : Curtiss P-40 F
En 1944 : Republic P-47DThunderbolt
Le GC II/5 a eu en dotation les deux types de Thunderbolt : « Razorback » et « Bubble top ».
Les anciens de l'escadrille ne semblent pas différencier les deux types, il est vrai qu'à l'époque ils avaient autre chose à faire.
Pour notre part nous aurions préféré que les Etats-Unis équipent le GC II/5 de P.51. Avouez qu'un «Mustang» pour des « Sioux » ça aurait eu de la gueule !

L'Avion du S/Lt d'AULAN

C'était un REPUBLIC P.47 D22 « Razorback » (verrière à armatures).
Numéro de série : 42-25829
Numéro de fuselage : 19
Construit à Farmingdale
Moteur : R-2811-59

REALISATION DE LA MAQUETTE DU P47 DU S.L. D'AULAN

La Maquette

C'est le kit au 1/48° de TAMIYA (réf. : N°61086). Nous ne pouvons qu'abonder dans le sens de l'avis général : c'est le meilleur kit du P47 et un des meilleurs au 1/48°.

Documentation

Elle doit être équivalente à la masse réelle de l'avion. Soit à vide : 4812 kg et peut-être même à la masse maximale soit : 7900 kg. C'est pourquoi nous ne vous donnerons que l'indispensable :
-REPLIC N° 75, 33 et 137
-WING MASTERS N° 10, 27 et 33
-LES CAHIERS DU MAQUETTISME N°3
-AERO JOURNAL N° 8
-SQUADRON SIGNAL N° 67
-KOOKABURRA Série 1 N° 8
-CHASSEURS AU GROUPE « LA FAYETTE » de J. GISCLON (Ed. NEL)
-PILOTES FRANÇAIS sur L'Alsace et L'Allemagne de Daniel DECOT.

Montage et Décoration

Le Cockpit : la couleur générale est un vert bronze : Model Masters 1710. Selon l'article sur le sujet dont vous vous inspirerez, que ce soit celui du N° 33 de WING MASTERS le N°137 de REPLIC ou la fiche technique de TAMIYA, vous constaterez des différences. Elles ne diminueront en rien l'exactitude de votre réalisation. Car dans toute maquette il y a une part d'interprétation personnelle et de plus il existait des variations de couleurs entre les avions d'un même modèle, ne serait ce que du fait de leurs lieux différents de construction et de leur état d'usure.
Nous avons plutôt suivi les conseils tirés de l'article du N° 33 de W.M., sans nous priver de piocher çà et là, des détails nous paraissant vraisemblables.
Composé de 11 pièces le cockpit est un des plus réussi que nous ayons eu entre les mains. Nous avons percé les deux trous qui sont seulement figurés sur la pièce F4. Le seul point délicat concerne la mise en place de la planche de bord en décal (113). Du vernis mat et brillant (acryliques PEBEO) et quelques touches de peintures rouge et blanche donnent un résultat remarquable.
L'Hélice : celle de ce P47 « Razorback » est une Curtiss Electric Paddleblade (soit les pièces B 34 et B 35 du kit), le bout des pales semble trop carré et nous l'avons affiné d'un côté en tenant compte du schéma se trouvant à la page 30 du Squadron Signal N°67.
Ensuite nous avons peint cette hélice en noir satiné au niveau des manchons et en gris noir mat pour le reste des pales, le bout des pales étant jaune bien sur !
Le Moteur : il pourra être amélioré (pour votre satisfaction personnelle) en vous inspirant du N°33 de W.M. et du n° 137 de REPLIC, tout en sachant qu'une fois l'hélice en place, on ne verra pas grand chose.
Le Fuselage : Nous avons réalisé sur le côté gauche du fuselage les poignées d'accès au poste de pilotage (cf. : W.M. N°33) et utilisé les pièces E19 pour représenter les sorties d'air en position ouvertes, telles qu'elles étaient sur l'avion au sol.
Les Ailes : Elles sont aussi aisées à monter que les deux sous-ensembles précédents, on ajoute les deux pièces (A10 et A11) représentant les sorties des canons de mitrailleuses. On gardera à part les pylônes (sous-ensembles A) pour les bombes de 500 livres, les supports de réservoir largable (pièces E2 et E3), les volets en position sortis (sous-ensemble 9), ainsi que les huit canons des mitrailleuses. Ces sous- ensembles seront montés et peints mais ne seront mis en place définitivement qu'après réalisation de la peinture générale, ceci afin de limiter les risques de casse.
Le Train d'Atterrissage : Il est très réussi et nous l'avons amélioré en tenant compte des différents articles de la documentation.

La Peinture Générale

Nous avons passé plusieurs couches d'alu comme « primer », puis des couches de blanc mat sur différents endroits :
Le capot moteur
Le moyeu de l'hélice
Les emplacements des bandes jaunes de reconnaissance (intrados et extrados des ailes et dérive).
Les parties peintes en blanc seront recouvertes :
De vert (couleur de l'escadrille) pour le premier anneau du capot moteur et le moyeu de l'hélice
De jaune, pour ce qui concerne les bandes d'ailes et de dérive.
Intrados (ailes et fuselage) : On commence par une couche du Neutral Gray TAMIYA en bombe (AS7), que l'on atténuera avec un voile du mélange suivant : HT3 ou H162 + H176 à parts égales.
Les lignes de structures seront soulignées, à la fin, avec un mélange brun-noir, très dilué (90% de diluant).
Le réservoir largable vient de la « boîte à rabiots ». C'est un 75 gallons tank, il est peint en HT3 ou H162.
Extrados (ailes et fuselage) : Nous procédons par couches successives suivant l'ordre ci-après :
Une couche de AS6 TAMIYA en bombe
Une couche de Model Master 1702 E
Une couche du mélange suivant : Model Master 1711 (90%) + H66 (10%)
Ensuite on marbre cette dernière couleur de base en y incorporant quelques gouttes de marron, de jaune ou de vert.
 

Finitions et Décals

Une fois la peinture sèche, nous passons au vernissage (vernis brillant) de la maquette et à la mise en place des décals récupérés à droite et à gauche :
Têtes de sioux (ou plus exactement d'indien séminole) : Planches 4 et 5 de W.M. ou CARPENA Réf : 48-10.
Rondelles d'extrados : CARPENA Réf : 72-39
Rondelles d'intrados et de fuselage : Planche W.M. N°2 (pour SBD Dauntless)
Rondelles bleues des cocardes : Planche AEROMASTER Réf : 48-081
Drapeaux tricolores de la dérive : Récupérés sur la planche du YAK 3 d'HELLER (ATTENTION FRAGILES!).
Les deux N° 19 de fuselage sont récupérés sur la planche AEROMASTER N°48-060 pour le CURTISS H75 : décals N°3 (6 retourné pour faire le 9) et barre blanche (entre les deux cocardes) dont la hauteur est bonne et qu'il suffit de découper en deux parts égales de 15 mm.
Les Serial Numbers : 225829, sont réalisés au moyen de la planche AEROMASTER 48-051.
Nous achevons la finition par un vernis brillant, suivi d'un vernis mat et de salissures. Car ces avions, en opérations, souffraient énormément.

Commentaires

a)Pour vous prouver la prudence (de Sioux !) avec laquelle nous avons du utiliser toutes les informations et tous les documents que nous avons pu rassembler et consulter (un vrai travail de « bénédictin »), nous ne vous donnerons qu'un seul exemple.
Vous pouvez voir dans le N°8 d'AERO JOURNAL un excellent profil gauche d'un P-47, dont il existe une photo (nous avons mis les deux dans le photoscope), présenté comme l'avion accidenté par le lieutenant Jean GISCLON, le 26 juillet 1945. Or à cette date, ainsi qu'il nous l'a confirmé, M. Jean GISCLON était le commandant en second du training P-47, au centre de Mekhnès. Il y a donc erreur sur le numéro et sur la date. Rien que çà !
b) Les pilotes les moins gradés, dont faisait partie le S-L d'Aulan, volaient sur les P-47 « Razorback », plus anciens et en moins bon état que les P-47 « Bubble top ».
c)Nous avons trouvé, pour l'année 1944 en particulier, beaucoup plus de documents et de photos sur l'escadrille des « Cigognes » que sur celle des »Sioux ».
d) Pour ce qui est du problème récurent de l'« Olive Drab », voilà un point qui est source de nombreux débats. Les P-47 du II/5 semblent avoir été convoyés des Etats-Unis en Afrique du Nord, le plus souvent aluminium, sans peinture.
Il est fort possible, d'après nos informations, que les mécaniciens aient réalisé un « Olive Drab » « couleur locale », en se servant des stocks de peintures italiennes et allemandes récupérés sur les aérodromes reconquis, ce qui ne facilite pas la tâche du maquettiste, surtout en l'absence de documents et l'oblige à la prudence et à la modestie, qui sont deux des qualités nécessaires à notre art.

Remerciements

Nous tenons à adresser nos plus sincères remerciements aux personnes, dont les noms suivent et qui ont eu l'amabilité de nous apporter leur aide :
-La Comtesse de Poix, fille du S.L. d'Aulan, qui nous à soutenue dans nos recherches et nous à fourni divers documents importants.
-M. Vincent GRECIET, qui par ses informations nous a permit de « débroussailler » le terrain.
-Les anciens du « La Fayette » : Mrs Jean GISCLON, Claude LOUVIGNE, Roger GUILLAUME, Pierre DELACHENAL et J. de MONPLANET, qui ont tous aimablement et efficacement répondu à nos courriers.
-Et enfin M. Jean-Jacques PETIT, grâce à qui nous avons pu retrouver le numéro de fuselage (N°19) du P-47 du S.L. d'AULAN.